Pour ouvrir la voie de l’indépendance 

C’est une élection pour ouvrir la voie de l’indépendance qui se joue présentement. Pas pour demander le mandat d’organiser un référendum consultatif. Le prochain scrutin nous place devant des choix existentiels. Il n’y a plus d’alternative. Le Canada est à prendre tel quel, ceux qui le soutiennent le savent. Ils tentent de pervertir le sens de l’élection en voulant en faire un référendum sur le référendum . C’est un faux-fuyant pour détourner l’attention.

La conjoncture présente n’a plus rien à voir avec celle de 1994-95. Le Canada n’est plus le même, le Québec a changé. Les enjeux actuels doivent se lire dans un cadre nouveau. Les défis sont nouveaux et complexes. Le Québec a besoin de tous ses moyens pour y répondre et seule l’indépendance les lui donnera.

Le Canada s’élabore en se servant de la conjoncture internationale pour affirmer un nationalisme plus déterminé que jamais. Voilà trente ans qu’Ottawa déploie une logique unitaire en piétinant allègrement tous les domaines de compétence du Québec. Il est partout. La dernière élection fédérale et l’intimidation américaine ont fait muter son nationalisme. Il a même usurpé le slogan « Maîtres chez nous »!

Au nom de ce qu’il définit comme intérêt national, Ottawa a adopté le projet de loi C-5 pour se donner le champ libre de promouvoir de grands projets ; il a annoncé la création d’un fonds souverain qui s’ajoute à la banque des infrastructures; il met cinq milliards dans le domaine de la formation de la main-d’œuvre; il engage des dépenses militaires faramineuses, il ajoute un autre pipeline vers la Côte ouest; il renie ses objectifs climatiques; il renonce à taxer les GAFFAM et laisse les milieux de la culture aux abois; il s’est dénudé dans la négociation tarifaire avec l’administration états-unienne, il veut refaire le coup aux gens de Mirabel avec son TGV aux coûts multimilliardaires et parfaitement inutile, la liste pourrait s’allonger. Sa technique est simple : il frappe vite et fort et sur de nombreux fronts. Pour étourdir et faire perdre la vue d’ensemble.

Le Québec subit tout cela comme un bouchon à la dérive. Aux yeux des partis fédéralistes rien n’est jamais assez grave comme rebuffade pour remettre en question le lien avec le Canada. Même si les projets ne sont pas en phase avec les urgences québécoises : les écoles, les hôpitaux, les infrastructures, le logement. La récente entente de dix milliards est un cadeau électoral pour Mme Fréchette : les sommes restent loin d’être suffisantes et l’on ne connait rien des conditions auxquelles elle a cédé.

L’ordre qui se construit sans nous, les politiciens fédéralistes y souscrivent. Ce qu’ils cherchent, c’est à obtenir notre consentement. La rhétorique du dialogue, du partenariat et de la coopération n’a rien à voir avec ce que le Canada devient. Même Christine Fréchette avait cessé de parler d’autonomie. Elle y est revenue pour sauver sa face mais son jupon rouge dépasse.

Les notions d’indépendance, de souveraineté nationale que le Canada brandit pour lui-même devraient pourtant faire voir qu’elles valent à plus forte raison pour le Québec. Et en vertu du même raisonnement : le monde a changé! La restructuration des relations internationales, les réorientations des traités commerciaux, les crises sécuritaires de tous ordres (alimentaires, sanitaires, militaires, etc.) passent par la redéfinition du cadre national et par des nouveaux espaces politiques pour les nations. La démondialisation donne une pertinence nouvelle à l’indépendance. Ce qui vaut pour le Canada vaut encore plus impérativement pour nous. Carney ne croyait pas si bien dire : si nous ne sommes pas à la table nous sommes au menu.

Ce que le Canada estime essentiel pour lui-même, il cherche à nous l’interdire. La cohésion qu’il cherche se fait à notre détriment, les négociations qu’il mène se font sans nous. Il utilise nos ressources fiscales dans l’indifférence pour nos urgences. Le Québec doit agir avec les moyens que le Canada lui laisse. Il n’est pas possible de redresser les crises structurelles (en santé, en éducation, en culture, etc.) dans le cadre budgétaire de la province de Québec. Nos attentes légitimes ne sont plus compatibles avec les façons de voir d’Ottawa. Ce qui est possible de faire pour régler nos problèmes, c’est, ultimement, Ottawa qui en décide, comme l’illustrent cruellement la crise du logement ou celle des médias.

Le modèle de développement que nous avons mis des décennies à bâtir nous échappe. Ottawa le dénature et le refaçonne à sa guise. C’est la volonté d’agir par nous-mêmes qu’il faut soumettre au scrutin. Nous devons passer aux actes. Nous avons les moyens, nous en sommes capables!

Le Collectif 4e pays
https://4epays.quebec

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