Le Québec que nous voulons ne peut être celui du déclin démographique des régions, des fermetures d’école, de la dévitalisation des villages et petites villes, ni du dépérissement des services publics. Notre territoire possède un potentiel immense, façonné par des générations qui ont cru en sa promesse. Il nous revient aujourd’hui de nous montrer à la hauteur de cet héritage. Le pays à naître doit être celui de l’espoir, du dépassement et de la revitalisation collective.
Le vieillissement de la population fragilise un grand nombre de communautés, tandis que le dépeuplement limite l’expression de leurs aspirations et mine leur potentiel de développement. Le rétablissement d’une structure de peuplement viable constitue donc une avenue incontournable, même s’il s’agit d’un défi considérable. Cette tâche est partie intégrante de notre effort d’émancipation nationale et de la restructuration des économies régionales.
Composer avec la démographie signifie agir sur ce qui peut l’être et adapter nos politiques aux contraintes qui ne peuvent être modifiées. Un peuple qui ne maîtrise pas les conditions de sa continuité remet inévitablement son avenir entre les mains des autres.
Consolider la nation
C’est à un vaste projet collectif que nous sommes conviés, et auquel nous souhaitons associer pleinement ceux qui sont venus d’ailleurs. L’immigration doit être envisagée comme un moyen parmi l’ensemble des mesures nécessaires à la revitalisation du territoire et à la consolidation de la nation. Il faut favoriser l’établissement en région pour toutes les personnes – qu’elles soient nées ici ou ailleurs – qui souhaitent y construire leur vie. Il faut également cesser de réduire les immigrants au rang de main-d’œuvre temporaire ou supplétive. Ce ne sont pas les besoins immédiats des entreprises qui doivent dicter la politique d’immigration, mais bien ceux de la nation dans son ensemble. Les conditions et les objectifs d’accueil dépassent largement le seul domaine de l’emploi : ils engagent toutes les dimensions de la socialisation à l’appartenance et touchent l’ensemble des dynamiques institutionnelles.
Le projet d’un Québec indépendant, invite les immigrants à contribuer à la construction du 4ième pays tel qu’il se définira par le contrôle de ses moyens et l’affirmation de sa liberté collective. Il repose sur un véritable « accueil de citoyenneté », qui les place aux côtés des autres citoyens devant les défis communs. L’intégration ne doit pas reposer uniquement sur l’adaptation linguistique, mais sur la participation active au projet collectif. La culture commune et les références partagées fourniront les repères nécessaires à l’élaboration du contrat social que nous souhaitons modeler. Les moyens à mobiliser pour y parvenir ne diffèrent pas fondamentalement de ceux qu’il faut mettre en place pour les natifs, eux aussi appelés à cet effort de construction.
Sortir du cadre de référence canadien
Pour mener à bien ce projet, il faut se départir du cadre de référence imposé par le Canada. L’histoire canadienne ne manque pas d’épisodes où l’immigration a été utilisée comme instrument de minorisation du Québec.
L’idéologie multiculturaliste, constitutionnalisée en 1982 contre la volonté du Québec, en a consacré les principes. Elle configure des frontières entre les communautés. La proposition récente d’accueillir jusqu’à cent millions de personnes s’inscrit dans la même logique, en dépit de son caractère irréaliste. Ces orientations laissent des traces et sèment des doutes sur le type de société que nous sommes et que nous voulons devenir. Il ne faut pas laisser ces ambiguïtés brouiller nos débats.
Ce multiculturalisme constitue un cadre d’interprétation néfaste pour le Québec. Il nourrit un conflit de légitimité qui traverse toute la question de la loyauté citoyenne. Il trace des frontières entre les citoyens. Adhérer au Canada, c’est consentir à voir le Québec comme une minorité. C’est surtout pour le statut de la langue française que ce consentement produit les effets les plus dommageables. Le Québec possède une seule langue officielle, alors que la loi canadienne en reconnaît deux. Le Québec se définit par une culture nationale, tandis que le Canada se vante de n’en pas avoir. Cette contradiction n’est pas ressentie de manière égale par tous, mais elle pèse lourdement sur les nouveaux arrivants et perturbe leur participation à la vie commune.
Un projet de revitalisation territoriale
Pour dénouer ces impasses, il nous faut un État complet. Le Québec a besoin d’un projet de revitalisation territoriale qui fasse de toutes les communautés des lieux de rencontre, de partage et d’enracinement pour ceux et celles qui souhaitent y contribuer. La politique d’immigration – ses objectifs, ses seuils, ses modalités – doit s’inscrire parmi les moyens à déployer pour atteindre cet objectif.
Cela implique : installation en région de nouveaux ménages, immigrants ou non ; soutien aux projets locaux et au développement économique régional ; amélioration de l’accès au logement et aux services ; mobilisation de la culture comme outil de revitalisation et d’intégration ; élaboration de politiques publiques fondées sur des objectifs de long terme plutôt que sur les seules logiques de marché.
Il faut en finir avec les visions étroites : l’immigration s’inscrit dans une politique globale. Elle doit répondre aux besoins de la nation, et non servir de mesure de vertu morale pour un soi-disant ouverture au monde. L’accueil doit répondre aux exigences de toute politique publique bien conçue et menée rigoureusement. C’est l’intérêt mutuel et le partage des conditions matérielles capables de soutenir les aspirations communes qui feront des aspirants à la citoyenneté québécoise de véritables parties prenantes de son développement.
C’est là une responsabilité inhérente au contrat social qui lie tout citoyen à la vie nationale. C’est un rendez-vous partagé.