Objectivement, les périodes pendant lesquelles le Parti Québécois a été au pouvoir ont été les plus progressistes et éclairées en matière autochtone. S’il est appelé à former le gouvernement par le peuple québécois en octobre prochain, le PQ devra honorer cet héritage de René Lévesque et de Bernard Landry.
En 1975, Robert Bourassa a signé la Convention de la Baie James sous la pression judiciaire afin de réaliser ses projets de développement hydroélectrique. Ce premier grand traité moderne au Canada avec trois des onze nations autochtones du Québec couvre les deux tiers du territoire du Québec. Les huit autres nations sont encore laissées en plan, ce qui n’est pas à l’honneur du Québec.
La responsabilité est revenue au PQ, arrivé au pouvoir en 1976, de mettre en œuvre la Convention. Ce travail a conduit à la construction de grands barrages et réservoirs d’Hydro-Québec qui sont indispensables à l’économie du Québec. Il a conduit aussi à la mise en place d’institutions politiques adaptées qui ont fait leurs preuves, des MRC renforcées qui sont différentes pour les Cris et les Inuits.
La leçon à retenir de cette première période est que le respect des droits autochtones rime avec le développement économique des ressources naturelles et passe par une authentique décentralisation régionale. Les Autochtones sont des partenaires incontournables de l’économie, de l’identité et de l’avenir du Québec.
En mars 1985, à la fin de son second mandat, René Lévesque a condensé sa vision en ce domaine en faisant adopter par l’Assemblée nationale une résolution qui reconnaissait dix nations autochtones au Québec (les Malécites ont été ajoutés en 1989), ainsi que leur droit à l’autonomie. Cette résolution contenait une promesse qui n’a pas été tenue. Elle promettait la création d’un forum parlementaire dédié aux questions autochtones, qui permettrait un dialogue constant et approfondi avec les onze nations sur toute question d’intérêt commun. Cette promesse doit enfin être tenue dans les plus brefs délais. Elle devrait être le premier geste d’un gouvernement indépendantiste.
Lorsqu’il est revenu au pouvoir, M. Bourassa n’a malheureusement pas respecté sa signature de la Convention, ce qui a suscité de nouveaux recours judiciaires qui ont alourdi le second passage au pouvoir du PQ. M. Landry a brillamment mis fin à ces litiges en négociant avec M. Ted Moses la Paix des Braves, ce qui a permis de nouveaux projets de développement. Elle fournit un modèle qui devrait servir au règlement de tout litige majeur. La Paix des Braves fait la fierté du Québec et offre un modèle de coexistence tourné vers l’avenir. Elle doit servir de modèle à un règlement d’autres litiges majeurs, en particulier ceux qui brouillent les rapports avec les Innu de la Côte Nord.
Comme en matière linguistique, le PQ, lorsqu’il est élu, doit réparer les erreurs de ses prédécesseurs. Le Québec doit signer le projet de traité Petapan avec les Innus que le gouvernement de la CAQ a bloqué. Celui-ci a aussi obstinément refusé de donner suite à la Déclaration des Nations Unies de 2007 sur les droits des peuples autochtones. La mise en œuvre de la Déclaration en droit québécois est un incontournable pour les onze nations autochtones. Elle redonnera instantanément au Québec la crédibilité perdue.
Il faut toutefois procéder en connaissance de cause. Cette reconnaissance aura des effets juridiques importants. La Cour suprême a décidé en 2024, en s’appuyant sur la Déclaration, qu’au Québec les communautés autochtones n’ont plus besoin d’une délégation de pouvoirs par une loi provinciale pour avoir une compétence autonome en matière de protection de la jeunesse et d’aide à l’enfance. Il y aura, à coup sûr, d’autres changements. La question étant de savoir si le Québec aura l’initiative ou s’il restera à la remorque de la Cour Suprême et du Canada.
La Déclaration conduit à la mise en place d’un troisième ordre de gouvernement aux côtés des municipalités et des MRC. Elle s’appliquera au Québec que celui-ci devienne souverain ou non. Une mise en œuvre planifiée de la Déclaration, dans le cadre d’une Constitution du Québec en consultation étroite avec les Premières Nations jettera les bases d’un pacte fondateur de la République du Québec.