L’indépendance du Québec : un projet politique pour les femmes

Texte publié dans Le Devoir le 19 septembre 2026


Nous, autrices de ce texte, défendons l’indépendance du Québec et le féminisme. Ces projets portent une même ambition et une même quête de liberté. Liberté d’un peuple de se donner un pays et de s’approprier tous les leviers nécessaires à son émancipation. Liberté pour les femmes d’accroître leur autonomie pour être pleinement actrices de leur vie et pour agir en faveur d’une société plus égalitaire.

Malgré la convergence existant entre ces deux projets inachevés, celle-ci ne s’est pas toujours vécue sans heurts. Cependant, soyons claires, il ne s’agit pas d’exiger qu’on nous garantisse que le Québec-pays répondra aux politiques revendiquées par les féministes, notamment. Ce serait nier le potentiel d’un État pleinement souverain. Ce serait aussi aller à l’encontre de la démocratie, qui exige le respect des futurs choix électoraux de la population.

Reste qu’un effort particulier est requis pour rejoindre les femmes et comprendre leurs besoins et priorités. Car, comme lors des derniers référendums, les sondages récents rappellent que les femmes appuient beaucoup moins l’indépendance que les hommes.

En 1969, le Front de libération des femmes se lançait dans la lutte pour l’indépendance, fort de la conviction qu’elle était nécessaire pour ouvrir l’horizon des possibles, tout en réclamant que celui-ci inclue les femmes et valorise leurs revendications dans le projet de pays. Voilà, malgré un contexte fort différent, notre proposition pour relever le défi de l’adhésion des femmes à l’indépendance, comme le préconisait l’ouvrage collectif Un Québec-pays. Le OUI des femmes (2018), dirigé par le Réseau des citoyennes pour l’indépendance (RéCI)/OUI Québec.

Ouvrir l’horizon des possibles

L’indépendance du Québec, ce sont des obstacles en moins, des outils en plus et une plus grande proximité avec le terrain.

L’accès à l’emploi des Québécoises est un des plus élevés au monde grâce à notre réseau de services de garde à contribution réduite, financé à grand frais alors qu’Ottawa nous privait, durant près de vingt-cinq ans, des crédits d’impôts pourtant offerts ailleurs au Canada.

Autre réalisation québécoise exemplaire, unique en Amérique : notre régime d’assurance parentale, dont le fédéral a retardé l’avènement pendant sept ans, avant de nous rendre les cotisations versées à cette fin à l’assurance-chômage!

Ces politiques appellent des améliorations. Seuls à décider, nous y parviendrons mieux. D’autant que le Québec est ouvert à réconcilier le social et l’économique, comme ses choix d’investissement, notamment dans la politique familiale, l’ont démontré.

L’indépendance permettra aux femmes de profiter de politiques publiques plus cohérentes. Une politique de l’emploi intégrée, une véritable stratégie industrielle exigent que le Québec gère l’assurance chômage en fonction de ses propres réalités économiques, y compris régionales. Il en va de même pour la politique monétaire.

L’indépendance réunifiera le droit de la famille, les politiques de retraite, la fiscalité. Nous gérerons le droit criminel, donc les armes à feu.

Fini les injonctions contradictoires. Les nouvelles arrivantes seront moins écartelées avec une citoyenneté québécoise clairement francophone, laïque, fondée sur l’égalité entre les femmes et les hommes et l’interculturalisme.

L’indépendance s’accompagnera d’une nouvelle constitution. Quelle occasion formidable pour faire avancer la participation des femmes en politique! Le Canada a ses « pères » de la Confédération. Rien pour s’extasier quand on se rappelle que la constitution canadienne n’a reçu ni l’aval de la population, ni celui de l’Assemblée nationale du Québec ! Nous souhaitons que la prochaine constitution ait aussi des « mères ». Nous pourrions par exemple proposer que sa rédaction relève d’une assemblée constituante formée d’un nombre égal de citoyennes et de citoyens, que nos prochaines institutions politiques soient plus représentatives de la société, notamment par rapport aux femmes.

La décentralisation pourrait être engagée, aussi pour favoriser l’implication des femmes. Plus elles se mobiliseront et se politiseront, plus la démocratie y gagnera.

La fondation d’un pays est une occasion unique de faire l’histoire, de créer ou d’améliorer des institutions. Elle offre aux féministes des opportunités inégalées, des leviers extraordinaires pour implanter de nouvelles réformes qui font avancer la société.

Ne ratons pas le bateau. Ne pas investir ce terrain, c’est choisir le statu quo. Le Canada change à vitesse grand V sans les femmes et sans préoccupations pour leurs besoins.

S’employer dès maintenant à construire l’avenir

Le mouvement Indépendantiste gagnerait à mieux faire connaître les avantages que procurerait aux femmes l’indépendance et à répondre aux préoccupations des femmes et des féministes.

Le mouvement féministe aurait avantage à profiter de la dynamique exceptionnelle qu’offre le projet de pays pour se mobiliser et faire avancer ses priorités.

Plus spécifiquement, il importe de: viser la zone paritaire pour la future députation et le prochain gouvernement, car se reconnaître dans la classe dirigeante suscite l’intérêt pour la vie politique; soutenir l’organisation d’une tournée régionale, comme lors de l’opération Porte-voix de 1995, pour aller à la rencontre des femmes et parler d’indépendance.

Oui, l’indépendance est un emballant projet politique pour les femmes!

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