Le deuxième souffle

L’indépendance du Québec est un projet qui se tient par lui-même et en lui-même. Le pays à faire sera viable, même les fédéralistes le reconnaissent. C’est une occasion exceptionnelle de développement : avec nos atouts, nous pouvons ambitionner une position plus qu’avantageuse pour notre futur État dans le concert des nations. C’est la culture qui le porte et l’exprime. Pas loin de cinq siècles d’efforts nous autorisent à la présenter au monde entier. Avec la langue française en partage, avec un bagage culturel original comme témoignage.

Et nous n’y serons pas comme une exception : 115 des 193 nations membres de l’ONU ont moins de 12 millions d’habitants. Mais les défis du siècle nous placent de plus en plus en tension avec le Canada. À plusieurs égards, nous sommes plus proches des pays scandinaves que du Canada. Nos politiques sociales, les mesures de la qualité de vie ou de lutte aux inégalités, nous placent parmi les pays les plus avancés.

Le modèle québécois s’est construit avec la volonté farouche de faire primer nos choix sur ceux que le Canada nous impose. Les entraves raidissent mais les institutions qu’il nous a données sont encore porteuses. Le modèle peut encore incarner une aspiration à conjuguer la lutte pour l’équité avec l’effort pour construire la prospérité et le bien commun. Il reste beaucoup à faire, mais nous sommes équipés pour aller plus loin si nous nous en donnons les moyens. L’indépendance nous les donnera.

L’entrepreneurhip collectif et celui des particuliers peuvent ici dialoguer, trouver des voies de négociation pour faire valoir le bien commun et l’intérêt national. Nos forces sociales affichent un dynamisme remarquable : la puissance des mouvements sociaux et communautaires, un taux de syndicalisation le plus élevé en Amérique, notre cohésion sociale est encore soudée à ses valeurs de partage et de solidarité. Cela nous a permis de maintenir des garde-fous essentiels : législation du travail, soutien au développement communautaire, dispositif de vigilance environnementale et attachement fort au développement des régions. Grâce à eux le Québec est la société la moins inégalitaire d’Amérique.

Nos politiques sociales contribuent à l’amélioration des conditions et à l’expansion des droits, en particulier ceux des femmes. Elles doivent beaucoup aux combats des couches sociales menacées de marginalisation. Nous avons fait des arrangements de premier plan : services de garde, assurance parentale, allocations. Ces choix sont particulièrement importants pour la lutte aux inégalités.

Le Québec a sa démographie propre et d’énormes défis en matière de vieillissement. Il lui faut le plein contrôle des outils pour mieux prendre soin de sa population. Dès 1985 nous avons reconnu le statut de nations pour les peuples autochtones, il nous reste à en faire des partenaires. Notre modèle d’intégration des immigrants reste inspirant même s’il pourrait davantage servir au renforcement de notre culture. Nous sommes riches d’un tissu communautaire sans équivalent en Amérique et dans le monde développé. Nous sommes riches d’une population instruite et d’un système d’éducation que l’indépendance nous donnera les moyens de rénover en le raccordant avec ce qui a fait sa force et son originalité. Il en sera ainsi pour le système de santé auquel notre prédilection pour les solutions décentralisées et communautaires nous permettra de recentrer sur les besoins.

Le Québec a les moyens de faire muter son modèle de développement vers une transition socio-écologique, avec son riche portefeuille de ressources naturelles et son potentiel d’énergies renouvelables. Nous avons une économie de PME dont le dynamisme est impressionnant, des réalisations d’économie sociale admirables. Et nous avons bâti ce modèle sur des institutions originales et puissantes. La Caisse de dépôt, la Régie de rentes, Hydro-Québec, le Mouvement Desjardins, ce sont des piliers qui nous ont permis de nous hisser dans le peloton de tête des nations développées. Ces institutions illustrent et participent de nos valeurs de solidarité, de justice sociale et d’engagement envers nos communautés. Notre modèle de développement mérite d’être poursuivi. Rénové et renouvelé il reste notre plus sûr gage d’avenir.

Mais il faut savoir nommer ce que l’on voit. Les bases de ce modèle ont subi des attaques qui l’ébranlent encore aujourd’hui. Ces assauts ne proviennent pas tous du régime politique. Le néolibéralisme a fait des ravages dans notre société. La culture du privilège, le culte de la consommation et la tentation de faire primer le marché sur la solidarité dressent des écueils. Ils ne disparaîtront pas avec l’indépendance, mais sans elle nous ne pourrons les surmonter dans le régime politique actuel. Notre gouvernement y est un quémandeur permanent, réduit aux lamentations perpétuelles. Ottawa nous nuit, il prive notre gouvernement des moyens d’assumer sa mission nationale.

Il nous faut sortir des demi-mesures et des solutions imparfaites. Nous avons besoin d’un État complet pour réaliser la volonté que nous avons de conjuguer le modèle économique au développement social, la protection des milieux de vie avec le souci de pérenniser les conditions d’une prospérité durable. Pour tous, pour toutes les régions et pour la suite du monde. Il faut se faire confiance et finir la besogne.

Le Collectif 4e pays
https://4epays.quebec

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