Québec indépendant : le 21e siècle lui appartient 

Lorsque l’on scrute les changements intervenus depuis la consultation référendaire de 1995, le premier à s’imposer est le retour de l’État et des gouvernements comme acteurs de premier plan. En effet, les populations attendaient et attendent toujours d’eux qu’ils contrôlent le fonctionnement de l’économie et du marché. Les crises financière et économique de 2008-2009, la pandémie mondiale de 2020-2023 et les guerres commerciales déclenchées par Trump contre la totalité de la planète ou presque ont réhabilité le rôle et l’importance de l’État. Et dans la foulée, les projets politiques sont de retour. D’où la légitimité renouvelée du projet de la souveraineté du Québec.

Dans les faits, le retour de l’État interpelle ceux qui en ont les moyens. Devenu souverain, le Québec aurait-il les moyens de se retrouver parmi les pays capables d’utiliser leur État pour éviter ou gérer des crises comme celles que nous avons connues, connaissons et connaîtrons?

Depuis la crise budgétaire des années 90 qui a frappé le Québec et le Canada une partie des Québécois a gardé l’impression que les finances publiques étaient fragiles et que le Québec était dans une impasse chronique. Et pourtant !

Dans les faits, sont dans l’impasse non pas les finances publiques du Québec, mais plutôt celles du gouvernement du Québec, qui doit affronter le déséquilibre fiscal Canada-Québec et la transformation rapide des besoins de sa population. Structurellement, les dépenses du gouvernement du Québec sont appelées à augmenter plus rapidement que ses revenus. À l’inverse, les revenus du Canada sont appelés à augmenter plus rapidement que ses dépenses.

Dans la situation actuelle de « province », avec ses seuls revenus, le Québec n’a pas les moyens de ses ambitions. En revanche, si on inclut la part du Québec expédiée au fédéral et qu’on analyse la globalité des finances publiques du Québec, il en va tout autrement. Combinant à la fois son passif et son actif et ceux de sa part « canadienne », le Québec s’avère être moins endetté que la moyenne des pays de l’OCDE.

Malgré ce portrait encourageant, il faut constater que l’argent du Québec expédié à Ottawa n’est pas sous son contrôle et que les chances de régler le déséquilibre fiscal dans le cadre de la Confédération canadienne sont absolument nulles. Peut-on imaginer que le fédéral accepterait de transformer l’ensemble de ses transferts en revenus autonomes en cédant les champs fiscaux équivalent? Ou que le fédéral abandonnerait son soi-disant pouvoir de dépenser? Tout a été essayé. Rien n’y fait. Seule la souveraineté permettra au Québec de mettre la main sur l’ensemble de ses ressources financières et de les allouer selon l’évolution des besoins de sa population.

Actuellement, le Québec et le Canada sont vulnérables de la trop grande dépendance de leurs économies par rapport à celle des États-Unis. Les deux ont une obligation de diversifier leurs structures industrielles et leurs marchés. Dans cette vaste opération, les deux ont-ils les mêmes atouts? Non. Le Québec détient un avantage inégalé et inégalable, l’énergie du 21e siècle, propre et renouvelable, l’hydro-électricité.

L’historien Nils Gilman considère qu’aujourd’hui deux modèles se concurrencent à l’échelle mondiale : celui des pétro-États et celui des électro-États. Ce sont deux modèles de développement économique différents avec leurs propres chaînes d’approvisionnement et deux types d’infrastructures.

Les États-Unis de Donald Trump et le Canada de Mark Carney sont des illustrations parfaites de pétro-États qui veulent rester le plus longtemps possible dans l’ère de l’énergie fossile. Le Canada mise sur l’exportation du pétrole « le plus sale qui soit » issu des sables bitumineux pour créer sa richesse. Il s’agit d’une fuite en avant : ce pétrole est une ressource non-renouvelable qui induit directement et massivement les changements climatiques. La dépendance au pétrole est et sera toujours plus une source d’instabilité.

Au contraire, les électro-États cherchent à se débarrasser de leur dépendance au pétrole, tout en prônant logiquement un développement économique moins instable et plus durable. L’Europe a choisi cette voie. En revanche, elle n’a pas encore acquis le contrôle sur l’ensemble de sa chaine d’approvisionnement. Elle dépend largement de la Chine. Ce qui peut entraîner les problèmes de sécurité que l’on devine. À cet égard, le Québec peut jouer un grand rôle.

Déjà, il est riche en énergie propre et sa structure industrielle est mieux adaptée à l’après-pétrole. Il ne fabrique pas d’automobile mais plutôt des trains, des métros et des autobus. De plus il détient la plupart des minéraux critiques et des autres intrants de la nouvelle chaine d’approvisionnement des électro-États.

Également, pour des raisons culturelles, le Québec n’est pas complétement aspiré par l’espace états-unien. De tous les investissements étrangers faits au Canada, il n’attire que 9 % des investissements états-uniens. En revanche il compte pour 40 % des investissements européens.

Le Québec est déjà le pont entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Et si la transition écologique et le développement durable s’imposent comme il se doit, ses atouts d’électro-État indépendant joueront à fond. Libéré du Canada, le 21e siècle lui appartient.

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